Kuzdo reliure

Kuzdo

Dessin: colline - Scénario: Fred LeBerre
  • Projet libre

Textes

Prisonnier modèle depuis 20 ans, Pietr Kuzdo va être libéré. Condamné à la réclusion criminelle assortie d’une perpétuité incompressible pour le meurtre d’un policier, il a gagné par son comportement exemplaire le droit de retourner dans le monde. Oui mais voilà, sa remise en liberté ne va pas sans soulever quelques problèmes, ni réveiller certains mystères jamais élucidés.


Car en effet, s’il a bien été ramassé sur les lieux d’un casse avec à la main l’arme fumante qui venait d’abattre un inspecteur de police, il avait lui-même dans la boîte crânienne une balle de 9 mm qui le privait de toute possibilité d’expliquer sa présence sur les lieux. A la sortie d’un long coma, vingt-et-un mois mois après les faits, apparemment privé de l’usage de la parole et de tout souvenir des événements, il s’est montré incapable de s’expliquer, ce qui lui a valu une condamnation sans appel aux assises de Paris.

Le temps
 a passé et Pietr Kuzdo toujours emmuré dans son silence va replonger dans le grand bain de la vie quotidienne dite « normale ». Les médecins restent indécis quant à ses chances de recouvrer ce qu’il a perdu. Peut-être se souviendra-t-il de tout, un jour. Peut-être se souvient-il déjà. Ou pas. En tout cas, les psychiatres sont unanimes pour dire qu’il ne représente plus la moindre menace pour la société. D’ailleurs, pour eux, Kuzdo n’a sans doute même pas conscience de s’être « racheté ». Il est un homme sans passé dont la connaissance et l’expérience du monde ne se limitent plus qu’à l’univers carcéral. D’après son dossier, confirmé par tous les témoignages, il a fait preuve pendant sa détention d’une équanimité sans faille. Jamais en vingt ans le plus petit signe d’énervement. Mais bien sûr aussi, pas la moindre manifestation d’un dialogue ou d’un quelconque échange. Et pourtant, les surveillants ont toujours eu la conviction qu’il comprenait parfaitement leurs ordres et instructions. Sur cette question, le neuro-chirurgien et le psychiatre qui l’ont suivi sont d’accord également : sans être forcément un locuteur francophone à l’origine, il a forcément acquis une certaine maîtrise de la langue française. En revanche, il est plus difficile de se prononcer sur son aptitude au langage. Les zones cérébrales lésées peuvent expliquer sa mutité, mais seul Kuzdo connaît réellement l’étendue de ses facultés. Quant à son amnésie, elle cadre parfaitement, selon les médecins, avec le traumatisme qu’il a subi. Mais une fois encore, lui seul sait exactement de quoi il retourne.

Ce que son dossier n’évoque pas, ce sont les affres dans lesquels il a été plongé pendant presque une année. Cela a commencé le 21 mars 1997, le jour du printemps, presque deux ans après le début de son incarcération. Jusque-là, il avait vécu de façon mécanique. Coupé de son passé, mais avec encore suffisamment de références cognitives pour se prendre en charge de manière autonome, il supportait la détention avec une relative facilité, n’ayant plus aucun souvenir de ce que pouvait être la liberté. Et puis un jour, à l’atelier, un détenu agacé par son mutisme a pointé sur lui un outil, comme s’il braquait une arme imaginaire. Ce geste a profondément marqué Kuzdo et mis en branle dans son esprit un lent processus de retour à la lumière. Dans les jours qui ont suivi, il s’est efforcé de recréer exactement la même situation pour enfin pouvoir saisir l’image évanescente qui le hantait. A l’atelier, il observait l’autre détenu avec une fixité de statue. Et ce qui devait arriver arriva. Sans un mot, définitivement horripilé par Kuzdo, cet autre condamné est venu lui asséner un coup sur le crâne avec un outil. Kuzdo a perdu connaissance. A son réveil, à l’infirmerie, il n’était plus tout à fait le même. Décrit par tous comme un accident, conformément aux canons de l'omertà carcérale, cet événement avait surtout permis d’entrouvrir les portes du passé. Rapidement, les rêves sont arrivés. Une première image d’abord, toutes les nuits, toujours la même pendant des semaines, dans laquelle Kuzdo se voyait, jeune, une vingtaine d’années, tout sourire à côté d’un homme d’âge mûr et d’apparence débonnaire. Et d’autres images, en vrac, par vagues entières, sans ordre ni cohérence, qui lui laissaient des impressions indélébiles et parfois insupportables de joie et de souffrance.

Et puis, au bout de plusieurs mois, tout est revenu. Les pièces se sont emboîtées et, comme un puzzle enfin révélé, il a su qui il était et ce qu’on lui avait fait subir. Depuis, chaque journée est un petit bout du chemin qui le mènera là où il doit aller pour accomplir ce qui doit être fait. Il a eu tout le temps de se préparer. Il est prêt. Et il sort demain…

Une assistante sociale est chargée de suivre sa réinsertion et notamment son retour dans le monde du travail. Un emploi lui est réservé chez un imprimeur qui accueille une main-d’œuvre d’anciens taulards.

Un qui ne partage pas le bel optimisme ambiant sur la rédemption du casseur, c’est le commandant Spezzia, aujourd’hui en fin de carrière. Simple inspecteur à l’époque des faits, il était le partenaire du policier tué au cours du casse, l’inspecteur Mesnard. C’est lui qui a mené l’enquête et, depuis, des questions sans réponses le hantent. Que faisait son collègue sur les lieux en pleine nuit alors qu’il n’était pas de service ? D’après la balistique, c’est de l’arme qu’il tenait à la main que provenait le projectile retrouvé dans le crâne de Kuzdo. Mais que faisait Mesnard avec une arme aux numéros limés et à l’origine invérifiable ? Et surtout, qu’est-il advenu du fabuleux butin envolé du coffre ouvert par Kuzdo ?


Comment ça marche

Cliquez ici pour en savoir plus sur le fonctionnement de Sandawe.

Abonnez-vous à notre newsletter

Twitter

Facebook