Mon jumeau et moi sommes tombés
dans la Bande Dessinée quand nous étions petits.
Mon père, grand amateur de
Goscinny, lisait la Potachologie et le Petit Nicolas.
Nous avons donc appris à
lire dans Astérix et Lucky Luke. Ces derniers sont rapidement devenus, au même
titre que Johan, Pirlouit, Buck Danny, Tintin et le capitaine Haddock, nos
meilleurs amis.
Ma mère, pour nous forcer à manger des rognons, nous affirmait
que c’était du sanglier. Depuis, nous adorons les rognons.
Tous les jeudi, elle
nous emmenait à la bibliothèque du quartier. Il n'y avait que deux albums de Bandes dessinées : La Tiare d'Oribal et Les Légions Perdues. La première fois, mon frère
emprunta Les Légions Perdues. Je pris La Tiare d’Oribal. La semaine suivante,
mon jumeau porta son choix sur La Tiare d’Oribal et moi sur Les Légions
Perdues. Semaine après semaine, nous échangeâmes ainsi nos emprunts. Ce fut une
année où nous ne lûmes que ces deux seuls ouvrages, dont nous connaissions par
cœur chaque dialogue et chaque péripétie.
Au collège, nous étions, les seuls à porter
des pantalons de golf dans un monde peuplé de jeans pat’ d’ef’.
Un été, en
vacances chez nos grands parents, nous découvrîmes dans le grenier une bonne
vingtaine d’albums reliés du journal de Mickey et seulement deux recueils du
journal de Spirou. Nous eûmes préféré l’inverse, mais bon.
Ces trésors
appartenaient à nos tantes, les jeunes sœurs de ma mère. Nous accablâmes
cette dernière de reproches : elle avait eu le mauvais goût de ne
collectionner dans son enfance que la Semaine de Suzette et Lisette.
Mon frère
et moi ne lisions Pif Gadget qu'un mois par an, pendant les vacances d’été. Nous ne manquions
alors aucun numéro car c’était le cadeau hebdomadaire que nous offraient le
Dr et Mme Lenoir lorsqu’ils se rendaient chaque mardi chez nos grands
parents pour prendre le thé.
Un jour mon grand père s’aperçut que Pif était
édité par les Communistes. Le Dr et Mme Lenoir furent alors sommés de nous
ramener Fripounet. Adieu Dr Justice, Rahan, Ludo détective. Bonjour Mocky,
Poupy, Sylvain, Sylvette, Caligul et Sidonie.
Comme j’étais bien plus doué que
mon frère pour recopier nos héros favoris, je me mis, pour lui en mettre plein
la vue, à dessiner beaucoup. Par dépit, mon frère se plongea aveuglément dans
les études. Il fait aujourd’hui une brillante carrière dans l’administration.
Lorsque je découvris que Conrad et Bercovici avaient réalisé très jeunes une
Carte Blanche pour Spirou, je tentai ma chance (une histoire de cochon d’Inde
qui fait une fugue). Sans succès. Le rédacteur en chef de l’époque me renvoya mon projet accompagné d'une
lettre d'insultes.
Aujourd’hui, ces deux planches sont un collector convoité par nombre de
collectionneurs.
Bourré de remords, Patrick Pinchart, un temps à la tête de la rédaction en chef de Spirou, me supplie aujourd’hui de produire
à nouveau. Bon prince, je m’exécute et vous propose, avec mon camarade Lapuss’,
rencontré dans une agence matrimoniale, Vie à Deux, promis à un beau
succès.